La récente série de démissions au sommet des institutions de la République démocratique du Congo continue de susciter des réactions dans la classe politique et dans l’opinion nationale. Après la démission de Vital Kamerhe, suivie de celle de Bahati Lukwebo, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de dérive institutionnelle inquiétante.
Dans une déclaration au ton ferme, Denis Mukwege estime que ces démissions ne sont pas anodines. Selon lui, elles seraient liées à l’opposition de ces deux personnalités à un éventuel projet de révision constitutionnelle. Il considère que, dans une démocratie normale, les représentants du peuple doivent exercer un contrôle sur l’exécutif, et non l’inverse. Il parle ainsi d’une « inversion des rôles » qui, selon lui, met en danger la démocratie congolaise.
Le docteur Mukwege regrette également l’attitude de Kamerhe et Bahati qui, après avoir pris position, ont publiquement imploré la clémence du chef de l’État, affirmant leur loyauté. Pour lui, cette situation pose une question fondamentale sur la dignité et la responsabilité des élus vis-à-vis du peuple qu’ils représentent.
« Vous faites honte au peuple que vous représentez et à nos ancêtres qui nous ont appris à mourir débout pour éviter de pourrir. Mourir couché, c’est mourir sans dignité et sans léguer aux progénitures futures une histoire d’honneur. En osant vous opposer au projet de changement de la Constitution alors que notre pays est en guerre, vous avez eu le courage de dire la vérité, signe de noblesse pour un représentant du souverain primaire. Votre responsabilité et dignité auraient dû vous amener à rester fermes, quel que soit le prix à payer. Vous auriez dû accepter de mourir dignement et ne pas pourrir en quémandant la grâce ; ce qui amoindrit la hauteur et la force de votre prise de position », a-t-il écrit aux deux leaders du Sud-Kivu.
Dans son message, Denis Mukwege s’adresse directement aux parlementaires congolais, les appelant à la dignité, au courage politique et à la fidélité à la volonté du peuple, qu’il qualifie de « souverain primaire ». S’appuyant sur la sagesse africaine et les proverbes traditionnels, il rappelle qu’un responsable public doit rester digne, même face à l’adversité politique.
Le prix Nobel de la paix a également mis en garde le Président de la République contre l’influence de certains acteurs politiques qu’il qualifie de « tambourinaires », qu’il accuse de poursuivre des intérêts personnels plutôt que l’intérêt supérieur de la nation. Il a appelé le chef de l’État à écouter sa conscience et la voix du peuple.
Cette déclaration intervient dans un contexte politique tendu en RDC, marqué par des débats sur la révision constitutionnelle, la guerre dans l’Est du pays et les équilibres politiques au sein des institutions.

